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Tom, décédé du SBS à l’âge de 4 mois

 

Outre HANDICAPER ou TUER le syndrome du bébé secoué  fait d’autres victimes, la fratrie. Voici comment cette criminelle a meurtri ma famille.

Nous avons 4 enfants, B. 6 ans (2 ans lors des faits), Tom, P. (3 ans) et E. 19 mois. Par ce témoignage, je me permets de relater quelques faits que nous, adultes, avons subi mais surtout que notre aîné B. a subi par ricochet. Outre l’aspect immédiat du SBS sur notre fils Tom (coma puis décès) il a fait une autre victime, notre aîné, lui provoquant des blessures invisibles mais bien réelles.

Nous, parents, faisons tout pour permettre à nos enfants de grandir dans un monde sans contrainte et le plus bienveillant possible. Par cet acte odieux la nourrice a imposé à B., notre aîné, des événements d’adultes qu’un enfant ne peut comprendre et appréhender.

Je considère encore aujourd’hui que notre fils Tom est mort deux fois : la première lorsqu’il a fait un arrêt cardiaque chez sa nourrice puis a été réanimé ; la seconde fois lorsque nous avons été contraint de le débrancher dans nos bras, son cerveau étant en état de mort cérébrale donc irrécupérable.

Dans les deux cas, les conséquences sont immédiates sur nos enfants, principalement à ce jour sur B., qui était alors âgé de deux ans.

La période où Tom a été dans le coma a probablement été la plus violente pour notre aîné. En effet, il y a eu une multitude d’impacts sur lui dans un laps de temps très court, à peine deux semaines.  Nous sommes tombés, nous-même ainsi que B., dans un “trou sans fond” où le temps s’était arrêté nous imposant souffrances, tortures…

Les premières conséquences sur B. ont commencé le jour où Tom a fait son arrêt cardiaque. Lors de la prise en charge par le SAMU notre grand faisait la sieste et n’a rien entendu…un miracle. Ce n’est pas sa maman qui est allée le chercher mais sa grand-mère, il est reparti sans son frère et sans retrouver ses parents à la maison (nous étions déjà au chevet de Tom).

La première semaine, du fait que nous nous relayons avec mon épouse nuit et jour à l’hôpital,  B. ne voyait plus son papa et sa maman ensemble. Son comportement a commencé à changer : d’un enfant calme et « obéissant »,  il a commencé à s’opposer à tout le monde, et le mot « non » était devenu un nom à mettre à toutes les sauces. A ce comportement inhabituel s’est rajouté l’incompréhension de ne plus voir son frère ; il le cherchait dans toute la maison : ouvrait tous les tiroirs, parcourait toutes les pièces…. L’appelait continuellement…. Il voyait toute la famille le soir réunie et toute triste.

Même à 2 ans B. s’est vite rendu compte que quelque chose de grave s’était passé. Ce stress a provoqué chez lui une forte constipation et des nuits très perturbées.

Au vu de la situation, afin qu’il retrouve un rythme de vie « normal » et subisse le moins possible cette atmosphère pesante, nous avons décidé de le mettre en crèche. Encore une épreuve pour lui où il s’est retrouvé du jour au lendemain avec des inconnus, dans un endroit non familier sans son frère. Séparation extrêmes difficile où j’ai vu mon fils pleurer toutes les larmes de son cœur et s’accrocher à moi pour éviter d’être abandonné….

Face à ce changement de comportement, sur le conseil des médecins, B. a pu voir Tom quelques minutes. Je rassure les lecteurs, le maximum a été fait pour cacher les tuyaux… A partir de ce moment, nous avons retrouvé notre fils B. : ses incompréhensions et son inquiétude étaient comme envolés. Il fallait simplement qu’il se rende compte de lui-même ce que signifiait  “Tom malade à l’hôpital”.

La vie de TOM s’est arrêtée un dimanche, et pour B. commençait de nouvelles interrogations : c’est quoi la mort ? Tom mort il revient quand ? Malheureusement il n’existe aucun remède ou mots permettant à un enfant de deux ans de comprendre ce qu’est la mort !

Après l’enterrement, notre quotidien a repris et a été rythmé par le boulot, les tâches habituelles de la vie avec un enfant….et la justice. Comme un sparadrap dont on n’arrivait pas à se débarrasser, la peur que quelque chose d’autre arrive à notre seul enfant s’est invitée dans notre famille ; peur du moindre bobo, peur que quelqu’un lui fasse du mal. Difficile de quantifier l’impact de cette surprotection.

Pendant ces quatre dernières années, notre fils  a grandi sans souci physique à ce jour. Malheureusement, régulièrement et de manière complètement imprévisible, B. se met à parler de Tom ou de la mort. Par exemple à quatre ans, d’un coup il s’effondra en larmes en expliquant que Tom lui manquait. Dès qu’il fut en âge de s’exprimer un peu plus correctement, il nous demanda fréquemment pourquoi Tom était mort, pourquoi les médecins n’avaient pas réussi à le guérir ?

Nos premières explications furent qu’il avait un bobo dans sa tête que les médecins n’avaient pas réussi à soigner. Puis, grandissant, vers cinq ans il nous demanda un soir de but en blanc QUI lui avait fait ce bobo dans la tête. Il avait compris… arriver à lui expliquer qu’une dame avait secoué son frère et avait fait saigner son cerveau, et que le cerveau ça ne se répare pas, fut un crève cœur. Il a voulu connaitre son nom … Après cette « révélation » d’autres questions sont apparues, la première étant pourquoi ? Nous n’avons pas de réponse… Comment les policiers avaient trouvé que c’était elle, pourquoi elle n’était pas en prison, qu’est ce qu’un procès ? A cela s’est ajouté toutes les idées farfelues émanant de la tête d’un enfant pour pouvoir faire revivre son frère :  “Et si on ressort son cœur de la tombe, on pourrait le réparer et Tom il reviendrait !”

Le rapport à l’hôpital reste également complexe à gérer, lors de la naissance de notre troisième enfant il a eu peur que sa mère ne revienne pas de la maternité. La première fois où nous avons dû l’emmener aux urgences, il était fou d’inquiétude. Il a du mal à comprendre qu’aller à l’hôpital ne signifie pas mourir.

B. a pris conscience trop vite, à un âge où l’ignorance est la plus belle des choses, de la mort et qu’il était mortel lui-même. Notre fils éprouve régulièrement une tristesse profonde, il n’arrive pas à apprendre à nager car il a peur de mourir. Il angoisse quand son frère ou sa sœur sont malades et craint pour leurs vies.

Il nous est bien difficile de guérir ses blessures internes. Les seules armes à notre disposition sont l’amour et le temps que l’on peut lui donner.

Que dire pour P. et E. : oui ils sont nés après mais auront-ils une vie normale ? Trop petits encore pour en deviner les conséquences… Crève cœur pour nous quand ils passent devant la photo de Tom et posent cette question : “c’est qui Tom ?”

A tous, parents, grand parents, oncles, tantes, adultes… secouer n’est pas jouer, secouer handicape, secouer tue. Cela peut arriver à vos enfants, petits enfants.

…. à mes amours, mes enfants, mon fils TOM !

Bertrand, papa de B., Tom, P. et E.

 

En ce qui concerne l’illustration de mon témoignage : 4 doudous, 4 enfants

Mon ADN, ma vie, mon combat ! Vous avez précédemment lu mon témoignage sur les conséquences de la maltraitance : le Syndrome du Bébé Secoué (SBS) sur mes enfants. J’aurai pu mettre toutes les photos du monde de mes enfants, de leur joie de vivre, etc. Pour autant, cette photo représente pour moi ma famille. Quels beaux objets ces doudous : objets de tendresse, amis de tous les jours, câlins tout doux, nuits sans cauchemar … le meilleur ami, celui à qui je peux tout raconter, celui que j’enlace si fort dans mes bras … unis pour la vie !

 

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