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Maman de P., une rencontre inattendue

 

Le Syndrome du Bébé Secoué détruit des vies : celle de l’enfant victime mais également celle de sa maman, de son papa, de son frère, de sa sœur, … Les lésions psychologiques sont grandes et il est parfois très difficile de contenir sa colère mais aussi ses émotions. D’aucun dirait « il faut avancer dans la vie ». Nous, nous vous demandons de vous glisser quelques minutes à la place de cette famille qui a vu sa vie quotidienne basculé à la suite de cet acte de violence extrême qu’est le SBS :

« Il y a quelques jours, une rencontre inattendue tant redoutée s’est produite.

Depuis fin 201*, j’espère ne jamais croiser le monstre qui a maltraité P., au point de risquer de lui prendre sa vie, après lui avoir causé un traumatisme crânien avec des hématomes sous-duraux en faisant saigner son petit cerveau en plein développement, générant ainsi des séquelles dont il est impossible d’en connaître l’étendue réelle à ce jour.

J’ai effectivement peur de ma réaction face à cette personne. J’imagine que je pourrais la mordre verbalement, l’anéantir avec mes mots, l’agresser physiquement, lui cracher ma colère dessus, lui laisser voir toute ma haine à travers un regard de tueuse …

J’évite d’aller dans certains quartiers de la ville, j’utilise le drive pour faire les courses, je ne postule pas à une offre d’emploi intéressante car le lieu de travail est situé dans sa rue, je ne fais presque jamais les boutiques seule et mes sorties sont de courte durée avec toujours un objectif bien particulier, flâner ne fait plus partie de ma vie.

Hier, j’ai dérogé à ces règles stupides que je m’étais imposées et suis rentrée dans un hypermarché.

Arrivée devant la caisse, je me positionne en fin de file d’attente et un employé vient me présenter un nouveau dispositif de scan des produits. Durant sa présentation, le monstre a débarqué, me double dans la file d’attente en me lançant un regard ignoble de défi.

Contre toute attente, je n’ai absolument pas réagi comme je l’imaginais. Son comportement m’a tellement déstabilisée que je me suis totalement décomposée, ayant seulement la force de présenter mes excuses à l’employé lui disant que je devais partir et je me suis réfugiée dans un petit rayon où j’ai vécu ce que j’appellerais une crise de panique. Incapable de retenir mes larmes, d’empêcher mon corps entier de trembler. Des clients sont venus à moi, pensant que je faisais un malaise, me demandant s’il fallait appeler les secours ou la sécurité. Heureusement, une personne que je connais et connaissant notre histoire m’a vue et m’a permis de retourner à la caisse avec elle, me rassurant comme elle le pouvait. Une fois dans ma voiture, j’ai encore plus craqué et ne sais même pas comment j’ai réussi à revenir chez moi.

Heureusement, P. n’était pas avec moi, heureusement mon mari a eu la possibilité de récupérer P. à la crèche à ma place, heureusement des amies sont venues à la maison pour me changer les idées, heureusement des bénévoles de l’association Tatiana m’ont transmis leurs messages de soutien, sans eux je ne me serais pas reprise aussi rapidement.

A tous les parents de victimes qui doivent croiser les bourreaux de leur enfant quotidiennement car ils habitent dans la même rue ou dans un village si petit qu’il est impossible de faire autrement, je ne sais pas comment vous faites mais je suis admirative de votre courage et je comprends totalement ceux qui décident de déménager quand cela leur est possible.

Merci à tous ceux qui nous soutiennent, que ce soit hier ou les autres jours, vous nous aidez grandement, sachez-le ! »

A., maman de P. (récit rendu anonyme)
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